Inaugurée en 2023 avec le soutien de son partenaire historique Leica, la résidence artistique INSTANTS est une carte blanche à travers laquelle Château Palmer affirme son soutien à la création photographique contemporaine.
Cette résidence annuelle, organisée en plusieurs temps de création, offre au photographe invité une carte blanche totale pour réaliser un travail artistique personnel, librement inspiré par l’écosystème de Château Palmer, la vision et les valeurs du domaine, son terroir et son territoire.
Après Paul Cupido, Henrike Stahl et SMITH, Alexandra Catiere est la quatrième résidente invitée à interpréter photographiquement ce lieu habité par le vivant et la mémoire.
On jurerait que ses photographies ont toujours été là, qu’elles viennent d’être exhumées d’une malle, d’un cahier égaré sur une berge depuis un siècle. Quatrième artiste invitée de la résidence INSTANTS à Château Palmer, Alexandra Catiere renoue avec la création à la chambre photographique, plantée pendant quelques mois entre les pierres et les vignes de la propriété. À partir de là, elle remonte le fil du temps en superposant les strates, les images, comme des couches de peinture, saisissant l’ample et belle évidence de la nature qui survit aux différentes générations d’hommes et de femmes qui l’ont traversée.
" Je ne voulais pas photographier la vigne, le raisin, c’était trop littéral, trop évident. Je devais tester autre chose. Concentrer mon regard sur des éléments moins attendus, par exemple le rôle des arbres dans le vignoble, les produits du verger, et jusqu’aux couverts en argent. De la même façon, j’ai été frappée par un graffiti sur l’un des murs du château, à l’étage, témoignage de l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Je l’ai utilisé comme une base, un palimpseste, une première couche de peinture que je pouvais recouvrir d’autres images. J’ai reproduit ce procédé avec les cahiers de vendanges tenus par les anciens régisseurs, en superposant aux pages manuscrites des images de ce qui perdure aujourd’hui.
Cela a été le déclic de cette résidence, qui a été bien plus qu’une carte blanche : elle m’a permis d’explorer ce qui m’obsède depuis toujours, cette idée que l’histoire n’est pas chronologique mais condensée en nous. Toutes les strates du passé – mon enfance biélorusse, les traumatismes collectifs, mes rencontres artistiques – cohabitent simultanément dans mon corps, dans ma mémoire, et resurgissent sans prévenir au contact d’un lieu, d’un objet, d’une lumière.
À Château Palmer, tout m’a parlé : le graffiti, les cahiers, l’argenterie, les arbres qui ont vu passer plusieurs générations de vignerons. Ces traces matérielles m’ont rappelé les fresques de Pompéi, qui continuent de nous parler à travers les siècles. En photographiant ce domaine, j’ai compris que je ne cherchais pas à figer l’instant présent, mais à révéler cette épaisseur du temps, cette accumulation invisible qui fait qu’un lieu respire encore longtemps après le passage de ceux qui l’ont habité. C’est de là qu’est né le titre de ce travail : « Tout en ce lieu me survivra ». Non pas par mélancolie, mais comme une évidence sereine."